Anju, Frank et François dans le container
François en plein effort de filtration
Fred à la recherche du thorium "bio"
Anju en cheffe de pont pour ses pompes
Damien
Des scientifiques belges partent en expedition vers les pôles
Anju, Frank et François dans le container
François en plein effort de filtration
Fred à la recherche du thorium "bio"
Anju en cheffe de pont pour ses pompes
Damien






La station précédente du 21 octobre s'était déroulée dans des conditions météo parfaites, température relativement chaude, mais pas trop ( -5°C), pas de vent. Nous en avions bien profité et célébré cette dernière station à "Bruxelles" avec quelques bières et un peu de chocolat, à la belge en quelque sorte… A l'inverse, la station d'aujourd'hui s'est déroulée avec une visibilité réduite, le vent couvrant nos voix et la neige recouvrant tout le reste, une neige humide et collante. Les conditions n'était peut-être pas optimales, mais nous devions absolument effectuer cette dernière station, car à présent il est temps de partir. Nous aurions« Qu’est-ce que j’en ai a à f…. ? J’sais bien qu’elle est blanche », vous direz-vous avec désinvolture, peut-être avec raison… Voyez plus loin ! Imaginez, qu’à la suite d’un petit réchauffement, la banquise voie sa surface rétrécir. C’est ce qui se passe en Arctique à l’heure actuelle, donc au Nord (autrement dit, pas là où on est, espèce de confondeur de pôles). En rétrécissant, la glace, une surface blanche et réfléchissante est remplacée par une surface beaucoup plus sombre, j’ai nommé, l’océan ! Pour info, l’océan a un albédo d’environ 0.1 (pas beaucoup). Donc, avec la glace qui fond, on passe d’une surface qui laisse passer entre 10 et 20 % des rayons solaires incidents à une surface qui en laisse passer 90 %. La lumière du soleil éclaire, oui, mais surtout, elle réchauffe l’océan. Si l’océan est plus chaud, il va faire fondre plus de glace, et donc rendre la surface encore plus noire, et le tout va s’emballer… En résumé, un petit réchauffement initial va engendrer la disparition de la glace, ce qui va réchauffer l’océan, ce qui va faire disparaître encore plus de glace ce qui va réchauffer l’océan, etc… C’est un effet d’emballement appelé « Rétroaction glace-albédo »… Par rétroaction, on entend un impact d’un phénomène sur la cause qui l’a précédé. Vous suivez toujours ? Cette rétroaction glace-albédo explique pourquoi on pointe toujours les régions polaires comme les plus sensibles aux échauffement climatique : là bas, le réchauffement climatique y est amplifié. Voilà. Si vous n’avez pas compris, euh, bien, il faudra attendre mon retour ou aller sur google pour en savoir plus. En gros, je voulais vous dire, que mesurer l’albédo avec précision, c’est important.
Comment on mesure l’albédo ? On utilise un pyranomètre bidirectionnel. Un paranoquoi ? C’est un dispositif qui recueille à la fois la lumière du soleil (qui vient du haut) et la lumière réfléchie par la glace (qui vient du bas). Le pyranomètre a deux capteurs, l’un orienté vers le haut, l’autre vers le bas, situés chacun derrière une petite fenêtre pour les protéger. Regardez la photo, normalement vous comprendrez mieux.
Ces capteurs, qui transforment l’énergie lumineuse incidente en un signal électrique (une tension) qu’on fait passer dans un cable branché à un multimètre (un appareil qui sert à mesurer les tensions et les courants électriques). La valeur de la tension lue peut être transformée, par simple calcul, en une valeur d’intensité lumineuse (en Watts par mètres carrés), parce que le pyranomètre a été calibré avant. On lit donc sur le multimètre, deux tensions, correspondant aux deux capteurs, qu’on convertit en deux intensités lumineuses, l’une incidente (du soleil), et l’autre réfléchie (de la glace). Pour obtenir l’albédo, on divise l’intensité lumineuse réfléchie par l’intensité lumineuse incidente. Voilà, facile non ? Alors ici, sur notre glaçon, j’ai fait des mesures (beaucoup), le long d’une ligne marquée par des croix que des petits malins appellent « cimetière belge ». Les croix, c’est juste pour marquer avec précision l’endroit où je répète mes mesures. On les voit aussi sur une des photos. Les détails des données vous donneront sûrement l’envie d’arrêter de lire tout de suite, si ce n’est déjà fait.
C’est fait, j’ai réussi à faire un post scientifique ! Cela dit, il y a d’autres choses qui se passent à bord. Ca sent tout doucement la fin. Là, il est 11 heures du soir, on a passé la journée dehors, sur le site « Bruxelles », pour la cinquième et dernière fois. On a tout démonté et ça faisait drôle de quitter le site qui était devenu un peu chez nous. Il nous reste à aller à « Liège » une fois et puis c’est fini pour nous. Tout le monde est assis à sa table, occuper à vaquer à ses occupations. Fred qui est à côté de moi, est de garde, occuper à insulter son chromatographe à gaz en lui faisant passer encore et toujours ses échantillons. Isabelle fait des filtrations de glace fondue ou d’eau de mer pour les analyses biologiques. Et les autres, mmh, bon oui, ils ne font rien, mais ils sont fatigués et ils le méritent bien… Peut-être travaillent-ils ailleurs… Dans cinq minutes, de toutes façons, on va tous se retrouver au « midrat », le repas du soir qui est le moins abominable de tous en général. Je vais donc vous souhaiter la bonne nuit. Et me jeter sur la nourriture, en oubliant mes albédos ! N’oubliez pas : « et surtout… elle est blanche ».
Martin